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  • Carine

UN CANCER À 40 ANS

Mis à jour : 15 juin 2019


Etrange ces deux petites boules que je sens dans mon sein droit sous la douche, il faudra que je pense à en parler à ma gynécologue lors de mon rendez-vous le mois prochain.

« Pas d’inquiétude » me dit-elle, ce doit être des petits kystes. « Je vous fais faire une écho par précaution et pour lever toutes suspicions »

Trois semaines plus tard (bon c’est vrai que je ne me suis pas trop pressée mais j’étais en vacances) me voila sur la table de l’échographiste pour lever le doute.

Et la, très vite, j’ai senti que cela n’allait pas être aussi simple.


Voila, c’est comme ça que tout a commencé!

On décrit souvent le cancer comme une épreuve du combattant, un parcours long et fatiguant, une lutte. Les témoignages des malades parlent beaucoup de fatigue, de douleurs, de dépression.

Alors je voudrais vous livrer MON témoignage, mon ressenti car le cancer, ça n’est pas toujours cela et l’inquiétude et la peur que génèrent ces seuls témoignages peuvent être source d’angoisse pour les nouvelles diagnostiquées.

Loin de moi l’idée de vouloir minimiser le parcours de celles qui chaque jour se battent avec courage contre cette maladie, mais le cancer c’est comme des pistes de ski, il y a plusieurs niveaux et quand on est sur une piste verte ou bleue, ça n’est pas si terrible.

C’est sûr que le choc de l’annonce est difficile à digérer et que le branle-bas de combat des visites médicales, d’examens, l’attente des résultats est une période de vie assez peu confortable.


Pour ma part, j’avais 2 nodules d’un peu moins de 2 cm classés en ACR5 (anomalies évocatrices d’un cancer) et un troisième d’environ 1,5 cm difficilement classifiable malgré les tentatives de biopsie sous échographie ou IRM dans le sein droit. (et oui je n’ai pas fait les choses à moitié malgré une mammographie qui datait de moins de 2 ans…)

Cela a été, dans mon expérience, le moment le plus compliqué à gérer.

2 nodules cancéreux ont peu faire une zonectomie, 3 c’est l’ablation du sein

Autant vous dire que ce troisième petit nodule m’a bien pris la tête et a été au centre de beaucoup de discussions.


C’est un moment où l’on se retrouve un peu face à soi-même sur la manière d’envisager la suite. Je n’avais pas encore d’oncologue et ce dernier était crucial dans le type d’opération qui serait réalisée. Certains préfèrent ne pas prendre de risque et optent pour la mastectomie, d’autres évaluent les différentes possibilités pour vous faire une proposition qui prend en compte également les ravages psychologiques de la mutilation ou des traitements.


Le choix du médecin qui va vous prendre en charge, vous accompagner, vous opérer, vous écouter est absolument primordial. Il conditionne, à mon avis, en grande partie, l’approche psychologique et la manière dont vous allez vivre votre maladie.

Prenez le temps de réfléchir, d’aller voir d’autres chirurgiens, de discuter et choisissez celui qui vous met en confiance.


Après avoir consulté mes ami(e)s, demander l’avis de mon médecin traitant et de ma gynécologue, fait des recherches sur internet, rencontré quelques chirurgiens avec lesquels le courant n’est pas forcément bien passé, j’ai pris rendez-vous avec le Professeur Bonnier, à l’Hôpital Beauregard à Marseille.

A partir de ce moment, tout à été beaucoup plus simple.

Arrivée avec une liste de questions longue comme le bras dans son cabinet j’en suis ressortie avec cette notion qui a été essentielle et salvatrice dans mon approche de chaque étape : prendre les choses une par une, ne pas spéculer sur ce qui pourrait arriver, avancer petit à petit, résultat après résultat. Rien ne sert de s’angoisser sur des aspects qui ne me concerneront peut être jamais (la mastectomie et la chimio en tête de liste). Cet état d’esprit m’a permis de vivre cette période sans stress, normalement. J’avais intégré mes rendez-vous médicaux à mon emploi du temps mais en dehors aucun changement de vie, ni d’humeur.

J’ai finalement subi un protocole plutôt léger :

- opération en juin 2015 avec double tumorectomie et détection des ganglions sentinelles

- 6 semaines et demi de radiothérapie en octobre/novembre 2015

- traitement d’hormonothérapie durant 5 ans (tamoxifène)

- reconstruction mammaire en janvier 2017.


Le seul vrai moment d’angoisse a été le rendez-vous postopératoire, quinze jours plus tard, avec les résultats de l’anapath et le protocole définitif. Je vous avoue qu’autant l’idée d’une mastectomie, bien que peu réjouissante, ne m’avait pas effrayée plus que cela, autant la chimiothérapie me terrifiait.

J’ai eu l’immense chance d’y échapper et cela à été un énorme soulagement.

Je n’ai jamais souffert ( même si je ne suis pas super fan des IRM de 1h30) Ni les biopsies, ni l’opération n’ont été douloureuses. La radiothérapie ne m’a pas brulé la peau (j’avais mis toutes les chances de mon côté avec l’aide de Pascal qui me « bloquait » le feu et mes huiles essentielles). J’ai été fatiguée les 2 dernières semaines (une vraie marmotte) et j’écoutais mon corps pour me reposer quand il en avait besoin.L’hormonothérapie n’a quasiment aucun effets secondaires (une ou deux petites bouffées de chaleur de temps en temps et des articulations un peu raides dans les jambes le matin).


Je n’ai jamais pensé que j’allais mourir, ni bizarrement que j’étais malade.

J’ai plus vécu mon cancer comme un dysfonctionnement qu’il fallait gérer.

Dans mon esprit la maladie est associée à la souffrance ou à un état de faiblesse qui vous empêche de vivre normalement, cela n’a jamais été le cas pour moi.

Il m’a fallu de long mois pour intégrer que cette chance était directement liée à la qualité des soins et des traitements dont on dispose en France. Dans certains pays, je serai morte.

Il m’a fallu aller à la rencontre d’autres femmes, d’autres personnes atteintes d’un cancer pour mesurer que j’avais échappé à des traitements autrement plus douloureux et lourds.

Il m’a aussi fallu admettre et réaliser que cette chance, cette parenthèse devaient servir à quelque chose et que je pouvais sortir gagnante et grandie de cette aventure.


Je vis plus intensément aujourd’hui. J’ai envie de profiter, de ressentir, de partager, d’être présente, d’être curieuse, d’avancer, d’apprendre. Je veux que chaque jour soit utile. Je vois qu’il y a de la joie dans beaucoup d’instants de mon quotidien. Je provoque mon bonheur, je n’attend pas passivement qu’il veuille bien venir à moi.

Pour la deuxième fois, je vais aller faire mon checkup annuel dans quelques semaines. C’est le seul moment de l’année où je pense à mon cancer avec une petite pointe d’inquiétude. Sinon, je suis bien trop occupée à vivre !


Photo:

http://www.alexandre-lorig-photographe.com/

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