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  • Carine

LETTRE À MON PÈRE

Mis à jour : 15 juin 2019



Je me souviens de ta chambre plongée dans une douce lumière qui éclaire ton visage.

Je suis là, assise sur le bord de ton lit et je te regarde cherchant dans tes yeux une lueur, un signe. Mais ton regard se perd, je m’y noie sans comprendre ce qu’il exprime : est-ce que tu me reconnais encore? Peut-être veux tu me dire quelque chose? As tu peur?

Ta main droite tâtonne, elle cherche la mienne, la sert fort.Tu es là encore mais tellement loin de toi déjà.

Sur la commode, une photo où tu poses avec grand-mère, ta petite maman. Souriant, confiant, heureux. Les larmes me montent aux yeux, encore…tu étais comme cela…avant. Avant la maladie, avant le cancer, avant cette tumeur grosse comme une clémentine qui te mange la moitié du cerveau et qui t’éloigne peu à peu de la vie et de nous. Avant ce glioblastome, terme barbare pour une maladie qui ne l’est pas moins.

Le répit aura été bien court depuis l’annonce.

Je caresse cette main qui porte les stigmates de 70 années passées sur cette terre. Je regarde ton visage gonflé par la cortisone. Je passe ma main dans tes cheveux pour redonner mouvement à quelques mèches rebelles comme une mère le ferait pour son enfant. Mais ce n’est pas mon enfant dans ce lit médicalisé, ce n’est pas mon enfant qui ne peut plus ni bouger ni parler. C’est mon père.

Ce père qui m’a toujours aimé et était fier de moi. Le grand-père, soutien inconditionnel de ses deux petites filles chéries.

Je ne saurais dire si, en ce moment, l’atmosphère est lourde ou sereine, mais j’étouffe avec cette boule coincée au fond de ma gorge. Ce doit être un peu comme la mort j’imagine, avec sa lourdeur et sa délivrance en même temps.

Je voudrais te dire sincèrement: « Pars, va te reposer » mais même si mes pensées l’expriment, mon coeur crie: « Non! Reste là, j’ai tellement besoin de toi ». Je suis égoïste et possessive papa, je veux te garder près de moi, toujours “Ne t’en va pas s’il te plait” Mais n’es tu pas déjà parti?

Alors avant la douleur, avant l’inconscience, ferme les yeux, endors toi paisiblement. Pars mon doux papa. Je sais que peu importe la distance ou le temps, tu resteras toujours là en moi. Je t’aime.

C’était il y a neuf ans…

Tu t’es éteint quelques jours plus tard, dans ton lit, près de maman.

9 ans déjà…9 ans d’absence…9 ans de long silence.

Tu es parti. Et avec toi, une partie de moi aussi.

Mon deuil a été long, difficile. Je n’ai rien oublié de toi, j’essaie juste de me faire une raison. Les jours, les semaines, les mois qui ont suivi ont été très durs. J’étais dans le déni. Impossible pour moi d’admettre cette tragédie.

Au début pourtant, j’ai pensé que j’étais forte, que la longueur de la maladie m’avait préparé à cette échéance irréversible, que c’était ainsi et qu’il fallait faire avec. Au début, j’ai continué mon petit bonhomme de chemin, comme avant.

Et puis, petit à petit, la douleur est remontée...la peine s’est installée. Petit à petit…, à mesure que je réalisais que je ne pouvais plus t’appeler pour prendre tes conseils si précieux, que ton regard sur moi , tes bras protecteurs me manquaient, que ma confiance s’effritait. Que ma vie avait perdu de son sens sans toi.

C’est insidieux, vicieux la douleur, elle sait se faire oublier, se tapir toute petite et discrète, pour ressurgir au détour d’une émotion, d’une chanson, d’une odeur, d’un moment de fragilité. Le manque ouvre alors un gouffre énorme, une plaie à vif qui brûle. Bien sûr ma douleur était inouïe.

En te perdant toi, j’ai aussi perdu une partie de maman, noyée dans son propre chagrin, tellement blessée par ton absence. Nos peines respectives nous ont éloignées, incapables que nous étions de nous soutenir l’une l’autre, d’envisager ou de comprendre le trou et la douleur que ton départ représentait pour chacune.

J’ai perdu pied, longtemps.

J’ai perdu mes repères, mon socle, une partie de mon insouciance.

D’une gifle magistrale j’ai pris conscience que les personnes que j’aime, celles qui ont fait de moi ce que j’étais, que mon papa, ma maman, ma sécurité, ma force, mon soutien, mais aussi mon moteur, ne seraient pas toujours là parce qu’elles sont mortelles. Que je le suis également.

Je ne pense pas que tu aies été conscient de tout ce que tu m’as inspiré: ta force, ta présence, ton ambition, ta détermination, ton amour. Au delà de ton absence, je garde en moi chacune de ces valeurs que tu m’as transmises.

Puis je me suis relevée. Et j’ai appris de nouveau à respirer. J’ai recommencé à sourire, à marcher sans faiblir, à faire des projets, à continuer. A accepter cette immense peine, à assumer ce déchirement enfoui.

Si mon sourire était là, longtemps mon coeur a été vide, mes yeux éteints, mon âme meurtrie. Puis la flamme s’est rallumée, parce que je me suis accrochée, retrouvée, après avoir longtemps erré et je continue d’avancer.

Je souris vraiment aujourd’hui. Je sais que rien ne dure, il faut absolument profiter de la vie. Tu es cette lumière minuscule que j’arrive à voir au loin et qui me guide.

J’ai appris à vivre sans ta présence, que c’était possible, parce que ce que tu m’as appris perdure, parce que ton souvenir est bien vivant, parce que tout ne meure pas avec la disparition physique. Il reste l’amour.

Je t’aime papa.

Texte écrit en novembre 2017 et publié sur Facebook

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